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REGISTRES D
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n'avoient deliberé, car incontinant que l'on les eust sommez par une trompette, ilz dirent qu'ilz se rendoient à la volloncté du Roy ; et le landemain l'on les feist sortir, et print-on quelques séditieux des plus aparans de la ville, qui se faisoient appeller Constans. Et y fut prins ung nommé Mandreville'3', ung autre nommé Cotton '*•', ung autre nommé Soquence'5', avecq le ministre Marlorat'6' et ung seigneur Crauses <7', tous lesquelz feurent mis entre les mains de Mess" de la Court de Parlement qui leur feirent briefve justice, car le vendredy ensuyvant, ilz furent tous quatre comdempnez à mourir'8'; et eurent lesd. Mandreville et de Crause leurs testes coup-pées, Cotton et le vieulx Soquence furent penduz et estranglez en une potence, et le ministre Marlorat fut pendu tout seul et à part, le landemain samedy, veille de Toussainctz; y luy fut encores penduz quatre ou cinq des habitans de lad. ville, et plusieurs autres qui estoient prisonniers es prisons de la
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Après que monsieur le Connestable eust donné ordre par le dehors de la ville, il revint droict à la porte Beauvoisine '*', là où il feist crier que l'on luy feist ouvrir la porte, ce que l'on feist incontynant, mais parce que les clefz n'y estoient pas, l'on meist bien près d'une heure avant qu'elle fut ouverte, et à la fin il faillut rompre les serrures. Pendant que on be-songnoict sur l'ouverture de Iad. porte, l'on vint dire à monseigneur le Connestable que la Royne venoict, et qu'elle avoict envyè d'entrer à la ville, alors s'en alla au devant, et l'enmena à lad. porte, où elle acten-dict encores ung petit, parce qu'elle n'estoict pas encores ouverte, et n'entrèrent dedans qui ne fut sur le poinct de trois heures après midy. Et elle estant dedans, elle se promena tout aisément jusques devant l'esglise Nostre Dame, et de là alla jusques en la grant place, où on luy vint dire qu'il s'estoict retiré beaucoup de gens de la ville dedans le Vieulx Pallais '2', et qu'ilz deliberoient de tenir fort, ce qu'ilz
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de Rouen, qui -a esté bien fort grand-. Quatre cents marcs de vaisselle d'argent déposés à la Monnaie pour la fabrication de testons destinés à la solde des huguenots, furent pillés par "quelques capitaines que l'on congnoist fort bien, comme semblablement la chasse Nostre Dame, où il y avoit iv marcs d'or el vu" d'argent; il y avoit aussi ung cyboire d'or enrichi entre autres pierres d'une esine-raude estimée vin™ livres et davantage;.; toutes ces richesses disparurent, «tellement que le Roy n'a amandé du tout (Lettres «le Catherine de Médicis, 1.1, p. 43o). Claude Haton, dans ses Mémoires (t. I, p. 288), se borne à ces paroles significatives : «Tout ce qui fut trouvé en armes fut passé par le fil de l'espée. La ville fut mise au pillage par les soldatz du camp, qui se firent gentis compagnons, Dieu sçait que ceux qui estoient mal habillez pour leur yver ne s'en allerent sans robbe neufve-.
O La porte Beauvoisine, ainsi nommée parce qu'elle se trouvait à l'endroit de la route conduisant à Beauvais, s'appelait primitivement porte d'Aubevoye.
»-' D'après les Mémoires du prince de Condé (p. 690), «les principaux facteurs et entrepreneurs de la sédition se retirèrent avec quatre cent hommes dedans le Vieux Palais, pensans tenir fort, mais ils furent contraincls, le mardy ensuivant, de se rendre à la mercy du Roy». Ces meneurs faisaient partie du «conseil estably par le peuple en l'hostel commun de la ville de Rouen n pendant l'occupation de la ville par les huguenots.
(3) Jean Du Bosc d'Emandreville, Cls de Louis Du Bosc, sieur de Radepont, et de Marie des Planches, nommé commissaire aux Requetes du Palais de Rouen le 3o juin 1544, puis second président à la cour des Aides de Normandie le 26 janvier i552, passait pour un jurisconsulte distingué; sa généalogie complète fait partie des additions aux Mémoires de Michel de Castelnau, I. I, p. 836.
'*) Noël Cotton de Berthouville, échevin et riche marchand drapier de Rouen, chez lequel les calvinistes avaient célébré la Cène au mois de mars précédent (Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, t. II, p. 4o4).
(-) Vincent Grouchet de Soquence, fils de Michel de Grouchet et de Jacqueline Masselin, conseiller de ville, exerçait une telle influence qu'en i555 il avait réussi à faire diminuer de 60,ooo livres une taxe de 891,000 livres qui pesait sur Rouen; son fils Charles Soquence, ayant abjuré le calvinisme, fut nommé conseiller au Parlement de Rouen et fit réhabiliter la mémoire de son père par lettres du i3 septembre 1579.
(°' Pasquier Marlorat, l'un des quatre ministres huguenots de Rouen. (Voir sa biographie dans la France protestante des frères Haag.)
O Jean de Croze, capitaine huguenot, dont parle Rranlôme avec éloges (t. V, p. 321, 4i8) : «tout Ie conseil du Roi, raconte cet écrivain, avoit opiné qu'il devoit mourir, parce qu'il avoit vendu et livré le Havre aux Anglois, sans cela il eust esté sauvé». Le même Brantôme présent à son supplice, "le vit mourir fort constamment»; il ajoute que «ce fut grand dommage de sa mort».
<-) Dès le 29 octobre, les prisonniers, transférés des prisons du Vieux-Palais en celle de la Conciergerie, étaient traduits devant Ie Parlement et subissaient un interrogatoire dont M. Floquet (Histoire du Parlement de Normandie, t. Il, p. 463) nous donne les détails. Marlorat excita l'indignation des juges en reconnaissant naïvement «qu'il avoit esté moine, mais que Dieu merci il ne l'estoit plus; qu'il avoit esté prestre aussy, mais renonçoit de bon cueur à Iad. prestrise», se faisant gloire d'avoir femme et cinq petits enfants. Les quatre principaux meneurs furent déclarés atteints et convaincus du crime de lèse-majesté et condamnes à la peine de mort. Dès le lendemain matin, traînés ignominieusement sur des claies aux queues de quatre charrettes, ils furent conduits au lieu de leur supplice. Cotton de Berthouville et Soquence furent pendus à des potences dressées devant l'Hôtel de Ville, Du Bosc d'Emandreville, "pour ce qu'il estoit gentilhomme», fut mené au Vieux-Marché et y eut la tôle tranchée sur un échafaud, de Croze subit la même peine. Quant à Marlorat, que Ie connétable de Montmorency avait accablé d'injures dans sa prison, il fut pendu devant le grand portail de la cathédrale.
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